Hannah Arendt ou l’amour du monde PDF

Benito Mussolini et Hannah Arendt ou l’amour du monde PDF Hitler, en 1937. Mao Zedong et Joseph Staline, en 1949.


Cette BT2 nous plonge au coeur du XXe siècle en compagnie d’Hannah Arendt, une philosophe sans équivalent dont la dimension commence à peine aujourd’hui à être reconnue. Hannah Arendt propose une réflexion sur la nouveauté radicale de notre époque, réflexion qui associe le totalitarisme au renoncement à la politique. Selon elle, tant que les hommes cesseront de penser, de s’investir et de prendre la parole dans l’espace public, nous ne serons pas à l’abri de la barbarie. Pour l’amour du monde, Hannah Arendt nous met en garde.

Le totalitarisme est l’un des principaux types de systèmes politiques avec la démocratie et l’autoritarisme. L’expression vient du fait qu’il ne s’agit pas seulement de contrôler l’activité des personnes, comme le ferait une dictature classique. Le régime totalitaire va au-delà, en tentant de s’immiscer jusque dans la sphère intime de la pensée, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté. Ce concept fut d’emblée un instrument de pensée et de lutte politique. Son emploi se répandit dans les milieux antifascistes italiens. Giovanni Gentile, théoricien du fascisme, mentionna le totalitarisme dans l’article  doctrine du fascisme  qu’il écrivit pour Enciclopedia Italiana et dans lequel il affirma que   pour le fasciste tout est dans l’État et rien d’humain et de spirituel n’existe et il a encore moins de valeur hors de l’État. Il célèbre la guerre et la technique moderne comme annonciatrices d’un nouvel ordre, incarné par la figure de l’ouvrier-soldat, œuvrant au sein d’une société encadrée et disciplinée comme une armée.

Dans les années 1930, le concept fut utilisé sous la plume d’écrivains pro-nazis. Le régime autoritaire franquiste issu de la guerre civile espagnole s’est défini comme totalitaire dans ses premières années, affirmant ainsi sa parenté avec le fascisme, avant d’effacer ce terme de la constitution. Le concept de totalitarisme cristallisait également la réflexion sur les formes modernes de tyranir et, plus particulièrement, sur la violence exercée sur autrui, qui semblait inséparable du fonctionnement des régimes nazi et communiste. Finalement, les traits fondamentaux qui ont dominé la discussion de l’après-guerre sur le totalitarisme étaient déjà présents dans les années 1930.

Parade en l’honneur de Staline, Dresde, Allemagne de l’Est, 1953. Le totalitarisme tel qu’il est ainsi décrit par Hannah Arendt n’est pas tant un  régime  politique qu’une  dynamique  autodestructrice reposant sur une dissolution des structures sociales. Dans cette optique, les fondements des structures sociales ont été volontairement sabotés ou détruits : les camps pour la jeunesse ont par exemple contribué à saboter l’institution familiale en instillant la peur de la délation à l’intérieur même des foyers, la religion est interdite et remplacée par de nouveaux mythes inventés de toutes pièces ou recomposés à partir de mythes plus anciens, la culture est également une cible privilégiée. L’identité sociale des individus laisse place au sentiment d’appartenance à une masse informe, et est sans valeur aux yeux du pouvoir ou même à ses propres yeux. La dévotion au chef et à la nation devient la seule raison d’être d’une existence qui déborde au-delà de la forme individuelle pour un résultat allant du fanatisme psychotique à la neurasthénie. Les sociétés totalitaires se distinguent par la promesse d’un  paradis , la fin de l’histoire ou la pureté de la race par exemple, et fédèrent la masse contre un ennemi objectif.