Lire la Bible au Moyen-Age : Essais d’herméneutique médiévale PDF

Lire la Bible au Moyen-Age : Essais d’herméneutique médiévale PDF parle d’ herméneutique  pour l’interprétation des textes en général. L’interprétation des Écritures saintes, qu’il s’agisse de la Bible ou du Coran, est un sujet qui demeure délicat.


On ne sera pas étonné que le travail des commentateurs médiévaux s’ancre à deux points fondamentaux : l’analyse du langage de l’Ecriture, la possibilité de faire éclater ce langage pour aller au-delà de ce que sont en mesure d’exprimer les mots. Faisceau de techniques consistant à décoder l’Ecriture, traitant de la compréhension et de l’interprétation humaine de textes réputés d’inspiration divine, l’exégèse enrichit le texte biblique d’une signification déclinée en différents sens. Ainsi la réflexion herméneutique porte avant tout sur l’analyse du langage de la Bible. Se pose la question de savoir si l’herméneutique est alors réduite à des fins d’allégorèse ou si elle fait l’objet, aux XIIe et, plus encore, XIIIe siècles, d’une réflexion proprement épistémologique tout en démarquant son champ d’application au seul corpus biblique.
Force est de constater que l’intense pratique exégétique des XIIe et XIIIe siècles s’est accompagnée d’une réflexion non moins consistante. Au départ de ce constat, Gilbert Dahan examine comment une exégèse confessante, de type traditionnel, dans laquelle inspiration et expérience jouent un rôle prépondérant, en vient à être formalisée. Dossiers à l’appui, il établit quels moyens elle déploie pour fondre en un système cohérent les contradictions qui la constituent, acquérir les caractères de ce que l’on appellerait volontiers une exégèse scientifique et enclencher le processus d’une méthode herméneutique.
En d’autres termes, le présent recueil, et l’intérêt même du choix des travaux réunis, permet de poser que l’intention herméneutique est bien applicable au Moyen Age et ne peut être tenue pour un effet, qu’il faudrait admettre anachronique, de la recherche contemporaine.

L’interprétation de symboles divinatoires fait également appel à des herméneutes, comme en Chine et au Japon, lors de séances de scapulomancie, de plastromancie, d’achilléomancie ou autres formes d’arts divinatoires. L’herméneutique est aussi ancienne que le sont les religions, les spiritualités et la philosophie. Il y développe notamment sa théorie du jugement affirmatif et négatif, de la contradiction et de la contrariété. Son point de départ est l’analyse des éléments sémantiques :la lettre, le nom, le verbe, la proposition. On peut mesurer ainsi le changement de paradigme de l’époque médiévale à l’époque contemporaine : la logique, c’est-à-dire l’ancienne herméneutique de l’Organon, est devenue la logique symbolique, tandis qu’une nouvelle herméneutique a émergé. En ce sens, aucun champ n’échapperait à l’herméneutique, pas même la science dite univoque, c’est-à-dire non sujette aux querelles d’interprétation, et rigoureuse, non affectée par la contingence des images humaines.

Les stoïciens développent un naturalisme herméneutique qui assimile les dieux comme représentations à des forces physiques. D’un autre motif en rapport avec la physique est découlée une grande multitude de dieux qui, revêtus d’une forme humaine, ont donné matière aux fables des poètes, mais ont rempli la vie humaine de superstitions. La tradition du judaïsme rabbinique connaissait depuis longtemps des règles d’interprétation de la Torah. Rabbi Ishmaël, développant les sept règles d’Hillel, exposa treize principes.

La gematria dévoile la valeur numérique d’un mot ou d’une phrase pour révéler les équivalences avec les mots ou les phrases d’égale valeur. Adam engendrera David et de la lignée de David viendra le Messie. La temura consiste à substituer chaque lettre d’un mot ou d’un groupe de mots à une autre lettre conformément à un système de substitution. Dans le judaïsme, la période médiévale a vu le développement de beaucoup de nouvelles catégories d’interprétation rabbinique et d’explication de la Torah, incluant l’émergence de la Kabbale et des écrits de Maïmonide. Article connexe : Quatre sens de l’Écriture.

La tradition chrétienne reprit la doctrine des quatre sens de l’Écriture en l’adaptant au christianisme. Pour le philosophe et théologien catholique Xavier Tilliette,  la Bible est un ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de livres. Il est donc susceptible d’interprétation, il ne va pas sans une herméneutique. La Parole de Dieu s’est faite parole humaine, astreinte à la compréhension. Réforme protestante appelle à relire les textes religieux littéralement par-delà les interprétations canoniques de l’Église catholique romaine. Auparavant, la majorité du peuple n’avait pas accès au texte biblique mais seulement aux interprétations qu’en donnaient les autorités religieuses.